De plus en plus, les appareils numériques sont dotés « d’intelligence » permettant d’obtenir automatiquement de meilleurs résultats techniques. Dans le cas de « Nadia », projet d’études d’Andrew Kuprenasin, l’appareil juge la qualité esthétique de la photographie.
D’ordinaire, les appareils photos numériques récents affichent une image de ce qui est capté par leur objectif et sont dotés de modes plus ou moins « intelligents » afin de régler automatiquement l’appareil de façon à ce que la future prise de vue soit « réussie », selon des critères techniques. Ce qui est nouveau avec « Nadia », c’est que l’appareil n’affiche pas d’image de quoi que ce soit mais seulement un pourcentage traduisant la qualité esthétique de la future photographie. Mais selon quels critères ?
Acquine, moteur d’inférence esthétique
« Nadia » utilise la technologie d’Acquine, le premier moteur d’inférence esthétique disponible pour tous sur Internet. Le site permet de charger ses propres clichés qui seront évalués par les autres utilisateurs. Par ailleurs, Acquine propose un classement des photographies et de leurs auteurs selon les notes obtenues par les clichés. Selon l’article de Sylvain Maresca sur le sujet, cette technologie proviendrait d’un autre site, photo.net, dont se sont servi des chercheurs chinois et indiens basés aux États-Unis afin d’établir « 56 critères d’analyse du contenu des images susceptibles d’être retraduits en algorithmes mathématiques ». C’est à partir de ces critères et de leur retranscription algorithmique que l’évaluation esthétique d’une image a été rendue possible.
Quels critères ?
Selon Sylvain Maresca : « Il en ressort que les critères les plus décisifs (il semble bien que 15 le soient réellement sur les 56) sont les couleurs, leur degré de saturation, le respect du “nombre d’or” ou de la règle des 1/3 – 2/3 aussi bien dans le format que dans la composition de l’image, le jeu sur la profondeur de champ allié à la netteté du sujet, ainsi que la prédominance des objets aux formes convexes. Au bout du compte, la macrophoto d’un fruit très coloré, placé au bon endroit dans une image au format respectant lui-même le nombre d’or, servi par une profondeur de champ très faible et une netteté irréprochable, a toutes les chances d’obtenir une très bonne note esthétique. Aucune surprise n’est à attendre lorsque l’on regarde les photos les mieux cotées puisqu’elles ressemblent en tout point à celles que valorisent les magazines photos, les concours d’amateurs et les revues spécialisées dans l’imagerie spectaculaire, comme Géo. On se rassure même en vérifiant que La Joconde obtient une très bonne note (mais pas la meilleure). Mais on nous précise que Acquine n’est pas fait pour la peinture, sans nous expliquer pourquoi. »
L’appareil qui pense à notre place…
Ainsi si le projet de cet étudiant en arts à l’université de Berlin paraît être un bond en avant vers l’automatisation des appareils numériques (qui pensent désormais à notre place, donc plus besoin de penser !), il est aussi un pas de plus vers la normalisation des images et des critères de leur jugement esthétique. À moins qu’Andrew Kupernasin en soit conscient et veuille justement nous faire réagir face à cette norme envahissante ?


Nadia from Andrew Kupresanin on Vimeo.