Le célèbre Museum of Modern Art de New-York vient de faire une bien étrange acquisition : l’arobase. Un acte qui soulève quelques questionnements quant à la matérialité d’une œuvre et sa possession physique.
Plus précisément, le département Architecture et Design du MoMA a acquis le design du @. Selon Paola Antonelli, conservatrice en chef de ce département, le symbole @ proviendrait du VI ou VIIème siècle, contraction du mot latin « ad » (plus ou moins l’équivalent de notre « à »). Puis c’est Ray Tomlinson qui le remet au goût du jour pour une utilisation plus courante et contemporaine, avec l’envoi du premier mail en 1971. Entre temps, le mot « arroba » aurait également servi en Espagne en 1088 comme unité de mesure, aurait désigné « une amorphe de taille normale » à Venise au XVIème siècle et était utilisé pour les bordereaux d’expédition et dans les livres comptables au XXème siècle.

Cette acquisition est donc symbolique et immatérielle, mais ne remet pas en cause la gratuité et liberté du @, appartenant au domaine public. Paola Antonelli s’explique : « cet acte repose sur le principe selon lequel la possession physique d'un objet comme condition de son acquisition n'est plus nécessaire. Cela permet aux conservateurs d''étiquetter' le monde, et aux choses qui ne peuvent être possédées — car elles sont trop grandes (immeubles, Boeing 747, satellites), ou appartiennent à tout le monde, comme le @ — de rejoindre les collections du MoMA ».
Il faut alors rappeler que, d’une part, le MoMA, créé en 1929, est le plus vieux musée d’art contemporain, mais aussi l’un des plus exigeants sur le plan artistique. D’autre part, comme le souligne le site des Inrocks, l’une des missions principales d’un musée est « d’acquérir, préserver et conserver toute forme d’expression artistique emblématique de son époque ». Ce qui s’applique bien à l’@, représentant également un mouvement important de l’art contemporain : l’art conceptuel.
Cependant, comme dans cet article de Randy Kennedy pour le New York Times, certains restent sceptiques, remettant en cause tout l’art contemporain et sa vacuité, sa légitimité.